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Politique, Stratégique, Tactique

Essai sur l’importance de la distinction entre les différents niveaux d’organisations dans la guerre de classe.

Introduction

Cet essai s’adresse aux personnes trouvant un intérêt quelconque à mettre fin à l’exploitation de classe et aux diverses discriminations qui gangrènent nos sociétés, et donc, au capitalisme et aux états.
Le terme de « groupe » sera ici générique au même titre que « collectif » ou « organisation » et désigne tout groupement d’individus de toute taille et de toute forme, allant du mouvement social, à l’institution, au syndicat, au groupuscule etc…
Le plan ci-dessous présente les trois niveaux d’organisation qui permettent de définir un groupe, entre la politique, le stratégique et la tactique, qui seront approfondis dans leurs parties respectives.
Ainsi, cette méthode se base sur trois concepts clefs qui surviendront tout le long du développement de l’argumentaire. Le premier est l’autonomie politique, le deuxième est l’initiative stratégique et le dernier est l’adaptabilité tactique.


L’autonomie politique détermine la capacité d’un groupe à ne pas dépendre d’autres groupes sans risquer de se faire assimiler ou détruire par ces derniers. Elle permet de comprendre également quels réels intérêts défendent un groupe, s’ils sont à la hauteur de l’abolition des classes, ou au contraire bornés par des impératifs interclassistes. Autrement dit, bornés par des intérêts particuliers, voir individualistes, entre réformistes et réactionnaires.


L’initiative stratégique détermine le potentiel du groupe à faire progresser sa force et affaiblir celle de ses alliés de circonstances ou de ses ennemis. Elle permet de comprendre la force d’un groupe et son potentiel stratégique entre trois catégories :

  • Centralisateur, c’est-à-dire en position de domination assez pérenne et puissante dans les institutions régaliennes et normalisatrices, ou dans le mode de production, pour être en capacité d’agrandir sa force et d’étendre son modèle.
  • Révolutionnaire, c’est-à-dire décisif dans la guerre de classe au sens où il détermine la capacité de provoquer un changement radical dans les institutions ou les rapports de productions. Ce potentiel peut être en opposition avec les deux autres, tout comme il peut s’intégrer parfaitement dans leurs intérêts.
  • Opportuniste, c’est-à-dire sans potentiel d’initiative stratégique. Cette catégorie détermine la dépendance à une ou plusieurs des deux catégories précédentes. Cette dépendance n’est pas fixe, elle peut osciller entre les autres groupes selon le contexte et les intérêts en jeu.

L’adaptabilité tactique suit le même modèle que l’initiative stratégique, étant absolument déterminé par ce dernier.

  • Centralisateur : basé sur des méthodes institutionnelles et formelles. C’est la rationalisation et la systématisation des techniques de contrôle social et d’exploitation. Avec la militarisation de la répression, dans le seul but de protéger la propriété privée, quelle soit bourgeoise, communale, féodale ou étatique.
  • Révolutionnaire : basé sur des méthodes clandestines et informelles. Des manifestations, aux émeutes et guérillas, du sabotage aux voles et attentats. Ces techniques sont tributaires d’une asymétrie face à des institutions disposant de tout un arsenal répressif policier, militaire, judiciaire et carcéral implacables. Les cibles privilégiés sont symboliques ou logistiques. La grève et le sabotage peuvent en faire partis.
  • Opportuniste : basé sur des méthodes corporatistes et combinatoires entre les deux précédentes catégories d’adaptabilité tactique.

Avant de commencer, il est important de comprendre que ces trois catégories peuvent contenir aussi bien des intérêts anticapitalistes que bourgeois, voir des intérêts réformistes et réactionnaires. Aucun intérêt n’est essentiellement centralisateur, révolutionnaire ou opportuniste, ce potentiel est une question contextuelle et stratégique.
Ces notions d’autonomie politique, d’initiative stratégiques et d’adaptabilité tactique sont néanmoins indissociables et interdépendantes à l’échelle Historique. C’est-à-dire qu’en fonction du contexte économique et sociale, un intérêt sera forcément associé à une catégorie de potentiel stratégique sans pouvoir s’en dépêtrer à moins d’une évolution de ce même contexte.
Nous le verrons également tout au long de la démonstration, tout est une question de moyens.

Politique

Ce niveau d’organisation est le plus déterminant des trois, il cadre ceux qui suivent et leur donne des objectifs sur le long terme. Finalement, c’est la raison de se regrouper et la ligne directrice de nos actions.
La notion d’autonomie dépend grandement du développement théorique et méthodique des analyses du social, ainsi que du reste des sciences.
Mais en politique les intentions ne font pas, et ne feront jamais, l’action ou l’organisation. Déterminer quels intérêts un groupe défend ne peut ni se résumer à une simple convergence d’intérêts individuels, ni à l’analyse quantitative d’un intérêt majoritaire parmi les individus du groupe.
C’est donc la position du groupe dans les rapports de productions et de dominations capitalistes qu’il faut analyser pour comprendre ses intérêts et son potentiel stratégique. Les intérêts individuels n’ont aucune incidence sur ce rapport, ils sont aliénés par cette dynamique collective et ce contexte économique et institutionnel. Il n’est donc pas question d’analyser des caractéristiques intrinsèques à l’individue ou au collectif. Rien n’est essentiel ni à l’individue, ni à un groupe malgré les qualités ou défauts observés. Ce qui est déterminant, c’est le contexte et les rapports qui existent entre les individus ou entre les groupes.
Par exemple, un mouvement populaire peut défendre autant des intérêts réactionnaires, que réformistes ou classistes. Les qualités et défauts découlent de cette position dans le mode de production et le modèle institutionnel.
Garder l’autonomie politique fait alors intervenir d’autres notions importantes. Les interactions de longues durées et très longues durées entre deux groupes humains ne peuvent se solder que par deux issues :

  • Soit, il y’a assimilation d’un groupe à l’autre, incluant la simple dépendance.
  • Soit, il y’a destruction d’un ou des deux groupes.

Cela au terme d’un conflit, d’un échange diplomatique, de maladies etc…
La destruction parle d’elle-même.
En revanche, l’assimilation peut prendre autant de forme que le permet l’aléatoire du contexte historique et des moyens à dispositions des groupes en position de force pour assimiler ceux en position de faiblesse. Elle peut aussi se limiter à une simple dépendance matérielle ou d’influence. Mais nous verrons ça en détail dans la partie stratégique.
Retenez une chose déterminante, celui qui fait la force d’un autre groupe creuse sa propre tombe, et donc, l’union fait rarement la force de manière équitable. Cela, peu importe l’échelle. Alors, les interactions de courtes durées provoquent souvent un renforcement et un affaiblissement d’un des groupes concernés.
Les interactions de moyennes durées peuvent aboutir sur un statuquo balançant entre conflits et échanges. Cela uniquement au cas où les groupes ont une force équivalente et dont le progrès de cette force est fortement borné par le contexte, et donc également par l’organisation même des groupes. On pourrait parler d’autorégulation. Seulement, le contexte finit toujours par évoluer jusqu’à provoquer un déséquilibre des forces, voir, une désorganisation et une destruction pour les groupes qui n’arrivent pas à s’adapter. Ce déséquilibre à pour cause la chute des barrières démographiques limitant l’augmentation de la population, la découverte de nouvelles ressources, le développement de nouvelles techniques, ou encore l’arrivé impromptu de groupes supplémentaires dans les interactions existantes.
En résumé, les intérêts communs ne sont qu’une illusion, ce qui se joue dans les interactions entre groupes est toujours du pouvoir. C’est-à-dire une position de pouvoir de l’un envers l’autre. Ce positionnement cadre leur rapport. En aucun cas il ne se joue directement une augmentation ou une diminution réciproque de qualités et défauts inhérents aux différents groupes concernés. Je le répète, rien ne se joue dans les caractéristiques propres aux groupes, tout se joue dans les rapports intra groupes, entre les membres, et surtout inter groupes.
Autrement dit, les caractéristiques ne sont que conséquences, et le positionnement est cause. Un groupe « fort » peut très bien se mettre en position de faiblesse suite à des erreur d’appréciations politiques et stratégiques, ou simplement à cause du contexte. L’inverse est d’ailleurs tout aussi possible.
Ce positionnement est plus qu’indispensable, il est inévitable. S’il n’est pas pris volontairement par l’un des groupes, c’est l’autre qui aura toute l’autonomie nécessaire pour imposer, volontairement ou non, ses intérêts à l’hésitant. Il est impossible d’éviter la confrontation des intérêts entre groupes distincts qui se mettent en rapport, mêmes s’ils sont de cultures ou d’idéologies similaires. Celui qui le repousse en laissant s’installer, volontairement ou non, un rapport inégal, d’attente ou de demande, se retrouvera forcément désavantagé au moment du conflit. Il pourra également se faire mécaniquement et progressivement absorber par le groupe qui le laisse perplexe, de manière volontairement ou non de la part de ce dernier, mais en tout cas sans qu’il n’ait à fournir le moindre effort.
La neutralité est inexistante et illusoire, chaque individus ou groupe qui rentre en rapport avec un autre se positionne de fait vis-à-vis de ce dernier. Mais comprenez bien que cette prise de position peut être aussi bien volontaire et calculé que complètement involontaire et fortuite.
A nous maintenant de trouver un positionnement efficace et raisonné vis-à-vis des autres groupes. Le champ stratégique nous permettra d’aborder plusieurs manière concrètes d’avoir un rapport productif avec nos groupes antagonistes.

Vient en effet toujours des moments où le groupe se pose la question d’alliances de circonstances avec d’autres groupes. Ces moments sont cruciaux dans le progrès de l’autonomie politique du collectif, mais aussi dans le développement de ses moyens matériels et humains (ce dernier point sera abordé dans le niveau stratégique).
Le plus souvent cette alliance de circonstance (donc informel ou en voie de formalisation) concerne des autres groupes locaux de même envergure et cultures militantes, dont l’impact reste limité sur l’autonomie du groupe. Mais elle peut également se décliner en alliance bien plus dangereuse, à savoir la coopération, ou la simple demande d’action, envers un groupe beaucoup plus puissant.
Si le groupe antagoniste que l’on cherche à faire aller dans son intérêt est d’aspiration classiste, il n’y a aucune raison pour laquelle le collectif doit se contenter d’une simple alliance de circonstances, et il a beaucoup plus intérêt à intégrer la structure du groupe plus imposant.
Mais si le groupe antagoniste, comme ce sera le plus souvent le cas, est d’un intérêt interclassiste, cette alliance n’a pas lieu d’être. Les victoires obtenues par l’intermédiaire de ce groupe seront toujours subordonnées à leur intérêt de maintenir l’exploitation de classe et les discriminations, que ce soit en s’accordant avec les exploiteurs bourgeois ou leurs administrations, voir dans un cas extrême, en prenant leur place. Non seulement le groupe classiste renforce un groupe antagoniste, mais en plus il affermi l’exploitation de classe et les discriminations en montrant aux non classistes l’endroit qui demanderait un aménagement ou un contrôle plus aigu pour contenir le mécontentement des exploités. Elle rend également dépendant le groupe du bon vouloir de ses alliés de circonstances, d’autant plus s’ils accèdent à leurs demandes, les évinçant de leur position classiste et dépolitisant le problème à combattre, désormais pris en charge et intégré à la norme gestionnaire associative ou institutionnelle des effets du capitalisme. Cette stratégie de court terme de chercher à mettre la pression à tout prix aux possédants ou aux institutions, et d’obtenir le plus de victoires possibles, est opportuniste. Elle empêche tout potentiel d’initiative stratégique et donne toutes les informations sensibles ou intéressantes aux groupes antagonistes.
Les alliances de circonstances avec des groupes interclassistes, surtout plus puissants, sont un suicide politique. D’autant plus si la prise de décision découle d’une frustration au cas où les circonstances rendraient difficiles l’organisation d’actions contre la bourgeoisie et leurs institutions. Particulièrement dans le cas de périodes préfascistes ou fascistes. Les émotions ne doivent pas guider les choix politiques et stratégiques des groupes classistes et révolutionnaires.
Plus concrètement, nous entendons à chaque occasion de mouvements permettant une confusion de ne pas laisser les fascistes s’y implanter. C’est-à-dire de préserver le mouvement choisit de l’influence néfaste d’éléments ou de groupes catégorisés fascistes. Cette intention est tout à fait louable et compréhensible, mais elle ignore complètement les précédents mécanismes proposés plus haut. Encore pire, elle se berce dans une certaine complaisance.
Croire qu’un mouvement ou qu’une institution peut être changer de l’intérieur est une erreur politique grave. Autrement dit, ce serait croire que ce qui compte sont les caractéristiques du mouvement ou de l’institution que l’on souhaite préserver, et non sa position réelle dans les rapports économiques et sociaux.
Or nous l’avons vu, les caractéristiques du collectif sont conséquences, et les caractéristiques des individus attirés par ce collectif n’ont aucune incidence sur ce dernier. Elles s’y intègrent d’ailleurs souvent extrêmement facilement.
Ce qui compte n’est pas qui compose un collectif, ce n’est pas déterminant, ce n’est qu’un indice sur l’intérêt et la position réel du mouvement ou de l’institution étudié. Si des fascistes sont attirés par un mouvement ou une institution, peut-être faut-il questionner la position de ces mouvements et institutions plutôt que tenter de les préserver à tout prix. Les groupes humains ne sont pas des outils appropriables ou neutre, ils ont forcément une position vis-à-vis des autres groupes et des intérêts propres. On ne peut pas transformer ou préserver une structure collective de l’intérieur efficacement. Tenter d’amortir l’influence de fascistes, ou de n’importe quel autre ennemi, au sein d’un mouvement ou d’une institution ne doit pas être une question politique. Affaiblir nos ennemis doit être une question stratégique et tactique.

L’autonomie politique de notre groupe doit rester la priorité absolue.

Elle réside dans la capacité du groupe à savoir rompre avec un mouvement ou une institution interclassiste.
Si nous ne sommes pas en capacité d’affaiblir nos ennemis sans garder notre autonomie vis-à-vis d’un mouvement réformiste ou fascisant, ou encore d’une institution bourgeoise, cela ne fera que nous affaiblir au point de nous en rendre dépendant. Voir même d’être détruit ou assimilé. Mais si notre groupe réussis à tenir bon après ce gaspillage de force tout en restant indépendant, au mieux, cela renforcera uniquement le mouvement ou l’institution antagoniste, au pire, cela renforcera également nos ennemis.
Gardez en tête que la présence des fascistes est une conséquence de la position du mouvement ou des institutions étudiés, c’est-à-dire une position et des intérêts interclassistes. En toute cohérence, si nous ne pouvons pas transformer une structure collective de l’intérieur, la présence de nos ennemis ne pourrait-elle-même pas être cause d’une corruption intérieure. Au contraire, elle est une simple continuité des intérêts et de la position du mouvement ou de l’institution, une dernière fois, interclassistes.

Avant de poursuivre, il nous faut éclaircir une notion importante, celle de la voie de la majorité. La majorité dans le jeu électoral capitaliste, peu importe le mouvement ou l’institution, est symbolisé par les normes portées par la classe moyenne. La classe des cadres et des indépendants ou professions libérales. Ces normes sont loin d’être uniformes et sont contradictoires entre elles. Le plus souvent, il se dégage deux grosses tendances électorales, complètement subordonnées au contexte économique avant de l’être par les caprices de la bourgeoisie et leur investissement dans les campagnes des divers candidats. Ces tendances sont asymétriques et sont suivies par le reste de la société qui ne se dirige pas vers l’abstention. Ce qui rend la voie de la majorité foncièrement interclassiste et opportuniste dans ce contexte de mode de production capitaliste.

Pour reprendre, rentrer dans un mouvement ou une institution implique de se plier à ses codes pour parvenir à ses fins, c’est-à-dire, par la voie de la majorité, contrer nos ennemis en son sein. Or, la majorité ne peut s’obtenir qu’en étant la représentation la moins clivante au sein du mouvement ou de l’institution. Cela est un suicide politique au sens où il condamne les organisations se voulant classistes, et donc clivantes par essences, à des compromis interclassistes pour se faire accepter et séduire un électorat plus large. Cette conversion politique entraine mécaniquement une conversion stratégique de groupe révolutionnaire à groupe opportuniste. Car l’organisation ainsi intégré ne l’est uniquement que par soucis de démocratisme de la part des groupes les plus influents du mouvement ou de l’institution. C’est-à-dire qu’une fois ce souci non nécessaire à leur légitimité (que ce soit par la force ou la voie de la majorité), ils profiteront du moindre prétexte pour censurer le groupe avant de l’évincer. Ainsi, le groupe se disant classiste et révolutionnaire aura participer au renforcement de la superstructure étatique dont le fascisme en est le stade final et le plus optimisé sur le court terme.
Mais le plus probable reste qu’une organisation classiste entrant dans un mouvement ou une institution interclassiste se retrouve simplement borné au jeu des représentations. C’est-à-dire qu’elle embrassera mécaniquement le rôle de l’extrême. Elle ne représentera plus des personnes, mais de simples valeurs se voulant opposés aux valeurs dominantes. Sans pouvoir contrer les actions économiques et sociales de ses antagonistes, les valeurs qu’elle porte se retrouveront tirés vers celles dominantes. Que ce soit pour arpenter la voie de la majorité, ou mécaniquement, en s’adaptant à un cadre économique et social de plus en plus précaire, donc sans base stable pour un discours prônant la solidarité de classe.
Le groupe ainsi intégré au mouvement ou à l’institution sera capable de portée ses valeurs uniquement en cas de prospérité économique et sociale, où elle sera plus facilement acceptée par ses antagonistes. Mais incapable de porter ces mêmes valeurs et de défendre les plus précaires en cas de crise, où ses antagonistes feront tout pour le brider et mèneront la danse de la majorité. Tel est la véritable forme du suicide politique, se rendre dépendant d’un contexte capitaliste prospère où l’idée même d’intérêts de classes antagonistes devient flou et inconséquente. Cela condamne mécaniquement à la conversion politique du groupe classiste à interclassiste, défendant uniquement des valeurs et non plus des personnes, et sa conversion stratégique révolutionnaire à opportuniste, dépendant du bon vouloir des groupes dominants dans le mouvement ou l’institution en plus du contexte.

Le rôle de notre autonomie politique est en dernier lieu d’assimiler tout mouvement sociale à nos intérêts pour franchir l’étape révolutionnaire. Mais cela ne peut pas se faire de l’intérieur d’un mouvement ou d’une institution. Je le répète, celui qui fait la force d’un autre creuse sa propre tombe. Notre autonomie politique se construira uniquement par nos propres moyens, c’est-à-dire en se positionnement efficacement face à nos antagonistes.

Stratégique

Ce niveau d’organisation, comme le suivant, est sujet à innovation. Il est la forme que prend l’organisation politique et doit s’adapter aux contraintes internes et contextuels d’un groupe. C’est l’organisation des divers moyens à utiliser pour satisfaire nos intérêts, nous renforcer, et affaiblir nos ennemis sur le long terme.
La notion d’initiative dépend donc de nos moyens, mais également de la manière dont nous les organisons. Elle est éminemment déterminée par l’autonomie politique d’un groupe.
La stratégie peut se diviser en deux segments complémentaires :

  • La direction stratégique. Choisir les priorités d’actions en fonction des moyens et du contexte.
  • La division du travail. Un système stable, pérenne et clair de division des tâches.

Pour définir la direction stratégique, il est important de comprendre qu’une victoire ou qu’une défaite tactique n’ont absolument rien d’essentiels. Il n’est même pas question d’une comparaison entre le coût d’une victoire et son bénéfice ou le coût d’une défaite et ce que l’on arrive à sauver.
Il est une nouvelle fois question de position. D’une position stratégique dans les flux d’interaction qui relient les différents groupes. C’est-à-dire une question de position avantageuse ou désavantageuse par rapport aux autres groupes. C’est ce qu’on appelle un rapport de force.
Une victoire ou une défaite n’offrent par essence aucune position avantageuse ou désavantageuse, peu importe leurs coûts et leurs bénéfices. Mais une victoire ET une défaite isolés condamnent forcément à une dépense inutile de nos forces, entrainant mécaniquement une position désavantageuse.
La direction stratégique fait alors intervenir deux autres notions :

  • La cohérence stratégique. Elle signifie l’enchainement raisonné, et planifié dans la mesure du possible, des divers situations tactiques.
  • La situation tactique, ou l’action. Elle regroupe les moments de confrontations directs se soldant par une victoire, une défaite, ou un statu quo tactiques entre les différents groupes en conflit.

Une fois la direction stratégique choisit, le groupe doit trouver une cohérence stratégique à ses actions. Sans elle, chaque entreprise et chaque action créera une opportunité pour la cohérence stratégique des groupes antagonistes.
Comprenez qu’aucune entreprise et qu’aucune action ne sont essentiellement des évènements révolutionnaires, opportunistes ou centralisateurs. Tout dépend de la cohérence stratégique la plus efficace par rapport à sa direction stratégique et ses intérêts politiques. La plus optimale sera en capacité de s’approprier n’importe qu’elle entreprise ou action même si elle n’est pas à l’initiative de ces dernières.

Alors choisir comme direction stratégique l’accumulation de victoire, ou l’accumulation de tentatives de victoires, condamne à l’impuissance stratégique, et plus loin, à la dépendance politique.
Voyez la situation tactique comme une simple opportunité, avant même de vous intéresser à sa conclusion. Une fois l’action et la victoire désacralisées, vous pourrez préciser votre cohérence stratégique en tentant de raisonner la marche à suivre en fonction de chaque dénouement possibles de l’action.
Mais vous verrez très vite les limites matériels et théoriques des prédictions et de la planification de votre cohérence stratégique. Vous devrez alors faire des paris et veiller à vous mettre dans la position la plus avantageuse avant de tenter une action. Sachez qu’un pari intéressant réside dans la capacité qu’offre votre cohérence stratégique pour vous permettre de rebondir en cas de défaite et garder l’initiative face aux groupes antagonistes.

Il intervient alors une autre notion indissociable de la cohérence stratégique, la marge de manœuvre. Elle s’applique également au niveau tactique, mais ici, la marge impose à un plan stratégique de ne pas être rigide et de tenir compte des inconnus, imprévus et autres probabilités impossibles à planifier ou à contrôler. La qualité du renseignement ne peut jamais être certainement total, la qualité ou la pertinence de l’équipement et le moral des combattants sont autant de facteurs qui peuvent facilement varier du fait d’inconnus, d’imprévu ou du hasard. C’est pourquoi en stratégie l’objectif reste toujours d’obtenir une position avantageuse et de désavantager l’ennemi.

Ici, la priorité absolue est donc l’initiative stratégique.

En effet, la nature des tactiques employé doit être mesuré uniquement par le prisme de cet objectif. Les tactiques violentes ou spectaculaires peuvent permettre de prendre l’initiative, mais ne peuvent en aucun cas créer un mouvement ou une mobilisation massive en comptant sur la prise de conscience révolutionnaire qu’elle devrait déclencher. En réalité, toute stratégie mobilisatrice basée sur une prise de conscience par des actions symboliques ou matérielles, violentes ou non, n’a pas ce pouvoir de faire jaillir cette prise de conscience. Cette dernière n’a elle-même pas le pouvoir de déclencher un mouvement ou de permettre l’organisation d’un groupe. La propagande par le fait, les lanceurs d’alertes etc… ne sont pas des stratégies mobilisatrices efficaces, elles ne sont que de simples tactiques à adapter et utiliser en fonction d’une direction stratégique plus globale. Elles créent de simples opportunités pour des groupes déjà existants et autonomes politiquement.
Ainsi, la cohérence stratégique devra se baser sur une position utilitariste de ses actions pour ses membres, utilitariste au sens matériel. C’est à dire vectrice de solidarité et de partage pour ses membres, et semeuse de chaos, de destruction et d’appropriation contre ses antagonistes.
A ce sujet, l’élimination physique de nos opposants est rarement une question politique, mais du domaine stratégique ou tactique. Si elle devient politique, c’est que le groupe se retrouve dans une position extrêmement désavantageuse. Il serait alors bien plus prioritaire de maintenir son autonomie politique avant de se laisser aller au baroud honneur ou à des tentatives désespérées de reprendre l’initiative. De plus, l’élimination systématique de nos ennemis peut être stratégique uniquement si le groupe est en capacité de remplacer ceux qu’il souhaite éradiquer, chose qui rend non nécessaire l’élaboration même d’une méthode aussi douteuse. Le but de notre autonomie politique est d’assimiler tous nos antagonistes une fois leurs groupes, mouvements ou institutions assez affaiblis pour ne plus tenir leur propre autonomie. Tout est une question de moyens à disposition des individus pour en dominer d’autres, si ces moyens sont gérés par la collectivité classiste et révolutionnaire, l’élimination systématique de nos ennemis de classe n’est pas nécessaire. Elle devient utile uniquement lorsque le groupe recrée une domination de classe et souhaite se maintenir par la terreur, ce qui n’est pas l’objectif politique que défend cet essai.

Néanmoins, dans une situation tactique, selon le degré d’intensité du rapport de force, c’est-à-dire en cas d’affrontement armé, l’élimination physique des ennemis de classes correspond à l’élimination des obstacles pour atteindre un objectif tactique ou stratégique. A savoir :

  • La défense et la conquête de territoires ou de biens immobiliers.
  • La défense et l’expropriation de matériels, d’outils ou de moyens de productions.
  • La libération de prisonniers politiques.
  • L’escorte de personnes, de matériels ou d’outils.
  • L’acquisition de renseignements.
  • La dégradation de la logistique ennemie.

Ensuite, l’exécution des militaires à haut grade et autres criminels de guerre ; de notables entre hommes politiques professionnels ou arrivistes et hauts fonctionnaires ; de bourgeois entre grands propriétaires de biens fonciers, immobiliers, financiers ou industriels, n’est ni un objectif tactique ni un objectif politique. Elle intervient uniquement lorsque le groupe est déjà en position de force et cherche à l’agrandir et à la stabiliser. Cette action stratégique permet uniquement trois choses :

  • Focaliser la colère populaire.
  • Radicaliser les membres du groupe et les sympathisants.
  • Affirmer une victoire tactique ou stratégique aux yeux intérieur et extérieur du groupe. Autrement dit : détourner l’attention de ses points faibles.

En effet, la colère explosera et réclamera vengeance de manière incontrôlée sans artifices spectaculaires et meurtriers. Cette dernière s’exprime toujours à travers des boucs émissaires qui sont toujours des minorités. Il vaut mieux alors orienter cette haine vers celle des ultra-riches ou des hauts fonctionnaires plutôt que vers celles d’autres minorités à caractère ethnique ou religieux. Néanmoins, cette haine ne fait pas parti du discours politique d’un groupe classiste révolutionnaire qui se veut matérialiste et systémique dans son analyse et ses propositions. Elle est seulement latente à l’intérieur du groupe de façon individuelle et à l’extérieur du groupe de façon massive. Elle éclatera d’une manière ou d’une autre, ce qui impose au groupe classiste d’être à l’initiative pour la contenter lorsque la focalisation des masses devient un enjeu stratégique. Cette haine est le terreau de l’opportunisme ou de groupes révolutionnaires non classistes comme des fascistes, elle est donc un point de bascule extrêmement glissant pour le positionnement du groupe qui doit y prêter une attention toute particulière et se fier avant tout à une réflexion politique puis stratégique avant de prendre ses décisions. En effet, cette haine ne permet pas la mobilisation de nouveaux militants sur une base matérialiste, elle ne permet au groupe classiste révolutionnaire qu’à radicaliser les convaincus.
Intervient la division du travail. C’est elle la véritable matière du groupe, au-delà des forces et outils disponibles, leur efficacité dépend strictement de cette division des tâches. Elle va de l’organisation la plus localisé à la plus internationale. C’est la clef de voûte permettant à une direction stratégique de prendre forme et d’avoir une portée assez conséquente pour obtenir et garder l’initiative face à ses antagonistes.

Nous ne parlerons pas tout de suite de cette division des tâches au niveau de l’action, cette notion sera précisée dans la partie tactique. L’échelle ici est celle du groupe et de la manière dont il organise ses rapports avec d’autres groupes.
Elle se décline en deux autres notions :

La division intergroupe, où l’assimilation ou la dépendance envers d’autres collectifs peut prendre la forme de structures formels tel que les unions, les fédérations, les confédérations, les ligues et les coalitions. Ou plus informels et se caractériser uniquement dans des assemblées ouvertes, des entreprises communes ou des situations tactiques partagés. De ces modes de division intergroupes découleront des contraintes de directions stratégiques. Croire que la formalité et l’informalité comportent des différences déterminantes sur l’autonomie politique du groupe est une pure illusion. A partir du moment ou des entreprises ou actions deviennent communes, il y’a dépendance. La question de l’autonomie politique, c’est-à-dire de notre positionnement vis à vis d’autres groupes, doit se poser avant la manière dont nous nous organisons avec ces derniers. C’est la première qui est cause, la seconde est conséquence et simple cadre de développement.
La division intergroupe la plus efficace pour les classistes révolutionnaires, jusqu’à innovation, sont les conseils de travailleurs selon les secteurs d’activités regroupés en assemblées générales souveraines. Cette assemblée dispose d’axes stratégiques, décidés par cette dernière, où les conseils sont capables de mettre en commun leurs forces pour accomplir des actions ou entreprises liés à ces axes stratégiques et décidés uniquement par ceux qui y participent. C’est cette capacité directive qui déterminera, en très large partie et après notre autonomie politique, notre capacité à nous renforcer et affaiblir nos ennemis. C’est-à-dire de nous mettre en position avantageuse.

La division intragroupe, où les actions sont organisées autour de thèmes ou d’objectifs précis, à l’intérieur desquels les tâches de production sont réparties entre les membres. Plus la division du travail est étendue et spécialisée, plus la productivité du groupe sera importante. La spécialisation croissante des activités et des outils, si le groupe est capable de grandir, se retrouvera forcément en contradiction avec des utilisateurs non spécialisés. Faire tourner les individus entre différentes tâches est un moyen intéressant de se construire une division du travail sans contrainte de remplacement, mais elle devient très limitée au cas où le groupe se retrouve à devoir diversifier ses secteurs d’actions. Dans ce cas, la spécialisation des individus ne doit pas être vu comme un risque, et n’est elle-même pas uniforme selon la tâche concernée. Cette activité demandera un confinement croissant en fonction de la qualification nécessaire pour la mener à bien. En opposition donc à toute les formes d’automation, plus la tâche est déqualifiée plus elle peut permettre de remplacement.
C’est cette capacité productive qui déterminera, en très large partie et après notre autonomie politique, la capacité matérielle de subvenir à nos besoins, de vaincre nos ennemis de classes et leurs armées.

Tactique

Ce niveau concerne l’organisation des moyens à employer sur le court terme lors d’une confrontation ou d’une situation de face à face. Les notions les plus importantes en tactique sont l’adaptabilité et la rigueur. C’est-à-dire la capacité à composer avec les circonstances et les forces en présence le moment d’une situation tactique, et la capacité à reproduire cette adaptabilité de manière régulièrement efficiente.
L’autonomie politique et l’initiative stratégiques doivent permettre de décharger la pression sur l’organisation tactique, c’est-à-dire permettre une flexibilité d’application maximale. Que cela concerne le renseignement, les infrastructures, le matérielle, la communication etc…
Moins l’autonomie politique et l’initiative stratégique sont développées, plus la pression sur la tactique augmente et l’application de cette dernière devient décisive pour l’avenir de l’organisation, c’est-à-dire repousser désespérément sa destruction imminente. L’adaptabilité tactique, au-delà d’être un objectif, est donc également un indice sur l’état d’un groupe, s’il est dépendant politiquement, ou en position désavantageuse stratégiquement.
En amont de l’action, les tâches doivent être définies entre les participants, par les participants. Les niveaux d’organisations précédents n’ont pas leurs mots à dire sur l’application de la tactique. Mais ce sont strictement ces derniers qui lui donnent ses objectifs, ou l’action sera noyer dans la cohérence stratégique ennemis. C’est enfin en dernier lieu le rôle de la tactique de faire remonter les problèmes quelle rencontre, au moment de préparer l’action ou de la réaliser, pour permettre aux niveaux précédents de trouver des organisations encore plus optimales.
Le premier devoir d’un révolutionnaire est de se préserver pour continuer à se battre efficacement. Une tactique sans rigueur, c’est-à-dire ne garantissant pas une échappatoire ou une protection optimale pour ses agents, doit être abandonné. Les martyrs n’ont aucun intérêt pour les groupes classistes et révolutionnaires, compter sur des martyrs tire le groupe vers une absence d’initiative stratégique, et donc plus loin, vers l’opportunisme et l’impuissance. A moins bien sûr que le groupe intègre des intérêts interclassistes et se convertis en prêcheur de bonne foi.

Ce qui est primordial, c’est l’adaptabilité tactique.

Partons donc d’une simple proposition : la Révolution comme situation tactique.
Une Révolution, dans ce niveau, se traduit alors par une émeute armée, coordonnée, qui atteint les quartiers ou possessions bourgeoises et parvient à repousser, si ce n’est vaincre, la police et l’armée.
Cette situation, nous pouvons le dire, décisive, est le moment où le groupe peut franchir l’étape révolutionnaire et atteler toutes les forces à sa disposition pour, dès ce moment, étendre son organisation stratégique, déjà présente. Ainsi, mettre en place les rapports de productions et les institutions de la société communiste libertaire. Puis également préparer la défense et l’expansion de cette situation tactique en voie de devenir stratégique, c’est à dire pleine de potentielle.
L’erreur sera de considérer les autres organisations participantes à la révolution comme ses égaux ou ses alliés. Soit nous intégrons une seule et même organisation stratégique, comme celle proposé précédemment, soit ils sont à considérer comme des ennemis de classe à vaincre ou à assimiler. La création d’une superstructure devant coordonner les différents groupes révolutionnaires doit être vu comme un suicide politique. Il n’y a aucun intérêt d’intégrer un simili d’État pour se plier aux luttes de places inconditionnels à cette superstructure, et recréant mécaniquement des rapports de productions d’exploitation ou des discriminations communautaires.
C’est ainsi que la Révolution comme situation tactique n’est ni un commencement, ni une fin, mais une simple étape obligatoire pour que l’organisation classiste révolutionnaire accède à son plein potentiel politique et stratégique dans la guerre de classe. C’est-à-dire obtient les moyens d’organiser la nouvelle société communiste libertaire ou anarchiste, par ses propres moyens, et de vaincre tout ennemi de classe ou autoritaire, par ses propres moyens.

Conclusion

Cet essai est un conseil à la priorisation des actions des groupes classistes révolutionnaires selon un schéma d’analyse obligatoire et non interchangeable de politique à stratégique et enfin tactique. Il est également un conseil à la rationalité et à la rigueur scientifique des positionnements à adopter à travers des modèles matérialistes et fonctionnels, jusqu’à preuve du contraire.
Il est toujours clair que dans l’histoire l’action précède la théorie, mais que la théorie permet la poursuite, la pérennité et la réussite de l’action. C’est pourquoi nos efforts d’organisations concrets doivent stimuler la recherche théorique du social et que ses résultats doivent nourrir, en retour, des modèles capables de faciliter l’organisation des prolétaires par elleux-mêmes et contre la bourgeoisie.

Peuple, étudie et surpasse-toi !

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